Des juges et des présidents

En ces jours, la Knesset se trouve face au choix d'un nouveau président pour Israël. Parmi les personnes ayant proposé leur candidature figurait la juge à la retraite Dalia Dorner.
Contrairement aux membres de la Knesset et à presque tous les citoyens de l'État qui ne connaissent cette dame qu'à travers ses apparitions publiques pleines de splendeur, de majesté et de solennité, moi et mes confrères avocats qui ont eu recours à ses services juridiques lorsqu'elle était juge en fonction, principalement au tribunal de district de Jérusalem, connaissons également d'autres aspects d'elle. Des aspects très, très peu flatteurs.
Une histoire très marquante gravée dans ma mémoire est celle du jour heureux où est né mon fils du milieu. Il est né à 06h00 du matin et à 09h30 j'avais une audience fixée devant elle au tribunal. J'ai demandé à une avocate de mon cabinet de l'informer que je ne pourrais pas me présenter et de reporter l'audience à un autre jour. J'ai naturellement supposé que l'affaire était réglée lorsque soudain, à ma stupéfaction, j'ai été appelé au téléphone au poste des infirmières (à cette époque, il n'y avait pas encore de téléphone portable...) où l'avocate m'a informé que la juge Dorner avait refusé de reporter l'audience en prétextant que « alors quoi si sa femme a accouché. Le rôle de la femme est d'accoucher et le rôle du mari d'apporter des fleurs... » ! C'était pour moi le summum d'un comportement autoritaire, impatient, intolérant et plein de malveillance envers les avocats et les justiciables qui comparaissaient devant elle.
Plusieurs années plus tard, lorsqu'elle siégeait à la Cour suprême et commençait à construire son image de « féministe » et de « libérale », j'ai jugé bon de raconter au public qui est Madame Dorner dans un article que j'ai publié dans le bulletin du Barreau puis ensuite dans « Maariv ». Cet article a été cité dans le livre de mon associé Yiron Festinger « À qui appartient cette maison ».
J'ai été stupéfait lorsqu'elle a été élue après sa retraite à la présidence du Conseil de la presse, mais lorsqu'elle a décidé qu'il lui convenait d'être présidente de l'État d'Israël, j'ai décidé qu'il était de mon devoir de porter à la connaissance du public qui est la candidate. Malheureusement, les journalistes ont refusé de publier cela et c'est ainsi que je me suis trouvé contraint, à la veille des élections présidentielles, de m'adresser à tous les membres de la Knesset par une lettre que je vous présente :
Monsieur/Madame le Ministre honorable, Monsieur/Madame le député(e) honorable
Je m'adresse à vous à la « 90e minute » afin de vous présenter mes impressions en tant que consommateur du système judiciaire, dans le cadre de mon travail d'avocat, concernant la candidate à la présidence, la juge à la retraite Dalia Dorner.
La seule raison pour laquelle je ne m'adresse à vous que maintenant est qu'avant cette démarche, je me suis adressé, dès le moment où Madame a annoncé sa candidature, à plusieurs journalistes afin de leur présenter ces faits, mais aucun d'entre eux n'a osé les publier. Dans le meilleur des cas, nous avons reçu leurs propos selon lesquels « il n'y a pas d'intérêt dans ces faits » ou qu'ils ont « déjà été publiés » (il y a plus de 10 ans et avant que Madame ne soit candidate à la présidence...) ou que « de toute façon elle n'a aucune chance » et dans le pire des cas, comme nous disons nous les juristes, « on ne peut exclure » que la non-publication découle de la crainte de s'attirer des ennuis avec la présidente du Conseil de la presse.
Quoi qu'il en soit, le choix demain est entre vos mains et c'est votre droit et votre devoir de choisir le meilleur candidat à vos yeux, mais il est important que vous connaissiez avant de choisir tous les faits concernant tous les candidats et à ce sujet je souhaite vous les présenter du point de vue d'un consommateur du système judiciaire.
Je suis avocat depuis presque 32 ans à Jérusalem. Nos sages ont dit que « l'homme se reconnaît à son verre, à sa bourse et à sa colère ». J'ai « eu le privilège » de « profiter » de son tempérament judiciaire pendant de nombreuses années. Le summum a été lorsque mon fils est né il y a 23 ans et demi à 0600 du matin et que j'ai demandé à reporter une audience qui était fixée devant elle ce matin-là à 0930. Elle a refusé de reporter l'audience et a exigé que je me présente !!!! Et notez bien la raison du report : « alors quoi si sa femme a accouché ? Le rôle de la femme est d'accoucher et le rôle du mari d'apporter des fleurs »... Cela m'a tellement irrité (jusqu'à aujourd'hui) que lorsqu'elle siégeait à la Cour suprême et recevait des éloges pour être « libérale » et « féministe », j'ai publié un article dans le bulletin du Barreau dans lequel j'ai raconté qui elle est et ce qu'elle est. Un acte qui frôle le suicide pour un avocat actif plaidant devant les tribunaux. (Au fait - contrairement à mes prévisions à la fin de l'article - non seulement je n'ai pas reçu de réactions condamnant cet article, mais j'ai reçu de nombreux encouragements et éloges pour cet article et pour mon courage, non seulement de tous les avocats qui l'ont lu mais aussi de beaucoup de ses collègues...)
J'ai de nouveau publié cet article dans « Maariv » lorsqu'elle a pris sa retraite il y a 10 ans sous le titre « Béni soit celui qui nous en a débarrassés » et il a été cité dans le livre de mon associé, l'avocat Yiron Festinger « À qui appartient cette maison », duquel j'ai copié et scanné pour vous l'article dans la copie ci-jointe.
J'espère vous avoir été utile et qu'en accomplissant votre devoir vous saurez mieux à qui donner votre voix. Je sens que j'ai accompli mon devoir civique en portant ces faits à votre connaissance afin que personne ne soit surpris au cours des sept prochaines années par le tempérament et la conduite du/de la titulaire de cette haute fonction.
Merci de votre attention
Nati Ron
Nous vivrons et verrons ce que le jour apportera. Je suis convaincu qu'elle ne sera pas élue à la présidence et je suis seulement stupéfait de son audace à se présenter comme candidate à cette haute fonction.



